Campus Démocratie Française : la deuxième promotion lancée à l’Assemblée nationale le 15 septembre 2026
Le 15 septembre, Journée internationale de la démocratie, les auditeurs de la
deuxième promotion du Campus Démocratie Française se sont retrouvés pour la
première fois à l’Assemblée nationale. Une députée, le président de la Fondation, un
universitaire et le co-animateur du Campus y ont débattu de l’état de la démocratie
française. L’héritage de Valéry Giscard d’Estaing a servi de fil à la discussion.
Une date et un lieu symboliques.
L’Assemblée générale des Nations unies a fait du 15 septembre, en 2007, la Journée
internationale de la démocratie. La Fondation a voulu que le Campus ouvre son nouveau
cycle ce jour-là, et dans ce lieu : l’Assemblée nationale, où siègent les représentants élus
de la Nation et où se votent les lois qui organisent la vie commune.
La séance s’est tenue en présence de Carole Guillerm, députée des Hauts-de-Seine, de
Louis Giscard d’Estaing, président de la Fondation, de Pierre Albertini, président de son
conseil scientifique, et de Patrick d’Humières, co-animateur du Campus.
Quatre regards complémentaires sur la démocratie en France
Carole Guillerm a ouvert la séance en rappelant la portée symbolique de la date. Son
propos est parti de son expérience d’élue locale. Le lien de proximité, a-t-elle souligné,
conditionne le fonctionnement démocratique : il permet d’apporter des réponses concrètes
aux questions politiques et rend l’action publique lisible. Elle a mis ce constat en regard du
travail des cabinets ministériels, qui occupent une place centrale dans la fabrication des
politiques publiques mais dont les citoyens déchiffrent mal le produit. Entre la manière
dont la décision se prépare et la manière dont elle est perçue, cet écart dit la complexité
de la démocratie contemporaine, et sa fragilité.
Louis Giscard d’Estaing a retracé le parcours de l’ancien chef de l’État et inscrit la séance
dans la continuité de son œuvre politique et intellectuelle. Il a rappelé trois réformes des
premiers mois du septennat, qui ont élargi à la fois les droits de l’opposition et ceux des
citoyens. La loi du 5 juillet 1974 a abaissé de vingt et un à dix-huit ans l’âge de la majorité,
et avec lui l’âge du droit de vote. La révision constitutionnelle du 29 octobre 1974 a ouvert
la saisine du Conseil constitutionnel à soixante députés ou soixante sénateurs.
L’opposition parlementaire a ainsi obtenu le moyen de contester la conformité d’une loi à
la Constitution. Le 12 juin 1974, enfin, l’Assemblée nationale a tenu sa première séance
de questions au Gouvernement, en application d’un engagement du nouveau président.
La Constitution de 1958 prévoyait déjà une séance hebdomadaire réservée aux questions
des parlementaires. C’est en 1974 que ce rendez-vous prend sa forme actuelle,
retransmis à la télévision dès cette année-là. Les trois mesures restent en vigueur.
Patrick d’Humières a insisté sur la difficulté de maintenir le vivre-ensemble et la solidarité,
tâche essentielle à la démocratie et sur laquelle des progrès considérables restent à
accomplir. Il a rappelé que les démocraties sont aujourd’hui minoritaires dans le monde.
La France elle-même, a-t-il ajouté, n’est devenue pleinement démocratique qu’avec le
droit de vote des femmes, institué par l’ordonnance du 21 avril 1944. Il a présenté
l’ambition du Campus : conduire tout au long de l’année une réflexion suivie sur la
démocratie française, adossée à l’ouvrage de Valéry Giscard d’Estaing, autour des grands
enjeux contemporains. Une question traversera le cycle, celle des défis démocratiques
que les jeunes générations auront à relever et des modes de fonctionnement collectifs
qu’il leur faudra inventer.
Deux indices d’une mutation de la société française
Pierre Albertini a mesuré l’écart entre la démocratie des années 1970 et celle d’aujourd’hui
à partir de deux indicateurs. Le premier tient à la participation. En 1974, Valéry Giscard
d’Estaing l’emporte avec quelque 425 000 voix d’avance, et cette marge étroite ne suscite
aucune contestation : la démocratie fonctionnait comme on l’attendait d’elle. Le second
tour avait alors mobilisé 87 % des inscrits ; celui de 2022 en a réuni 72 %, quinze points
de moins. Le second indicateur tient au vote radical. Les formations situées aux deux
extrémités de l’échiquier rassemblent aujourd’hui près de la moitié des suffrages, quand
elles en recueillaient moins de 3 % au début des années 1980.
Il s’est ensuite appuyé sur la définition d’Alain Touraine, dans son essai Qu’est-ce que la
démocratie ? (1994). Trois éléments fondent un régime démocratique : des élections
libres, disputées et régulières, le respect des droits fondamentaux, et la conscience
d’appartenir à une communauté de citoyens. La démocratie repose ainsi sur la
responsabilité de ces derniers.
Minoritaires et en recul, les démocraties affrontent des menaces extérieures, mais aussi
des menaces intérieures, plus insidieuses. Pierre Albertini les a lues à la lumière de
Montesquieu, pour qui le ressort de la démocratie est la vertu, entendue comme la
recherche du bien commun. Cette vertu se disperse aujourd’hui, et avec elle le principe
même du régime. Trois conditions permettraient de la faire vivre : faire vivre la
participation sans s’y perdre ; savoir décider quand il le faut, sans abuser du pouvoir de
décision ; savoir rendre des comptes autant qu’en recevoir.
Relire Démocratie Française pour mieux comprendre la prochaine présidentielle
La seconde partie de son intervention a porté sur Démocratie française, publié en octobre
1976, deux ans après l’élection de son auteur. L’exercice était risqué pour un président en
cours de mandat, a-t-il relevé. Deux fils structurent l’ouvrage, bâtir la société à partir de
l’homme et faire vivre les libertés.
Le premier conduit à l’idée d’une « communauté d’hommes libres et responsables », titre
du quatrième chapitre. Cette communauté repose sur une identité, une histoire et un
avenir partagés, et sur l’égalité des chances. Elle suppose l’essor d’une classe moyenne
assez large pour rassembler une majorité durable sur les fondamentaux du pays. Il s’agit
de trouver l’équilibre entre le « je » et le « nous », entre l’épanouissement personnel et la
solidarité. Pour Pierre Albertini, c’est précisément l’enjeu d’aujourd’hui.
Le second fil est celui du pluralisme. Valéry Giscard d’Estaing distingue quatre types
essentiels de pouvoirs : « le pouvoir d’État, le pouvoir économique, le pouvoir des
organisations de masse et le pouvoir de la communication de masse ». Leur séparation
donne à ses yeux un sens nouveau à la règle classique de la séparation des pouvoirs.
L’État y devient régulateur : il fixe le cap plutôt qu’il ne conduit tout, et complète le marché
sans s’y substituer. « [L’État] n’est qu’un instrument au service de la nation », écrit-il. La
démocratie qu’il dessine est, selon ses termes, « ordonnée, forte et paisible ».
La Fondation remercie Carole Guillerm et Pierre Albertini pour la très grande qualité de
leurs interventions.
Les prochains rendez-vous des auditeurs
Le cycle se poursuit dès l’automne :
▪ mercredi 30 septembre : présentation de la réédition de Démocratie française à
l’Institut de France ;
▪ mardi 6 octobre : débat avec Étienne de Poncins, vice-président de la Fondation et
ambassadeur de France en Pologne, sur Valéry Giscard d’Estaing et la construction
européenne
▪ lundi 12 octobre : remise du 8e Prix Valéry Giscard d’Estaing au Sénat ;
▪ lundi 30 novembre : soirée consacrée à la démocratie aujourd’hui, au Théâtre de la
Tour Eiffel ;
▪ mardi 15 décembre : afterwork avec les parrains de la promotion.
Ces dates ouvrent un programme complet jusqu’à mai 2027, que la Fondation complétera
au fil des semaines.