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De Jean-Paul II à Léon XIV : la République, le pape et la jeunesse


Place de la Concorde, 30 mai 1980. Jean-Paul II vient de descendre les Champs-Élysées
debout dans une voiture découverte, aux côtés du président de la République. Valéry Giscard
d’Estaing prononce l’allocution de bienvenue.

« Le peuple français vous souhaite la bienvenue sur le sol du pays qu’une longue tradition
désignait comme la fille aînée de l’Église. »

Le verbe est à l’imparfait. En disant « désignait », le Président rapporte une tradition sans la
reprendre à son compte : il dit d’où vient la France, non ce qu’elle est aujourd’hui. La nuance lui
permet de recevoir le souverain pontife avec les honneurs de l’État sans engager la
République sur le terrain de la foi. La suite de l’allocution décrit d’ailleurs le pays en termes
strictement républicains : liberté de l’homme, diversité des opinions, accueil des réfugiés
politiques. Le Président rappelle enfin qu’aucun pape n’était venu spontanément à Paris depuis
Alexandre III, en 1163, qui cherchait alors la protection du roi de France et consacra l’abbaye
de Saint-Germain-des-Prés.


Le décompte de ces venues circule sous des formes variables. Selon la liste établie par le
diocèse de Paris, Léon XIV sera le dixième pape reçu dans la capitale, après Étienne II,
Grégoire IV, Pascal II, Innocent II, Eugène III, Alexandre III, Pie VII, Jean-Paul II et Benoît XVI.
Quatre des plus anciennes de ces visites eurent pour cadre l’abbaye de Saint-Denis.
Le voyage de 1980 dure quatre jours. Jean-Paul II célèbre d’abord la messe à Notre-Dame,
puis à la basilique de Saint-Denis pour les travailleurs français et les immigrés, avant de finir au
Bourget, où il pose une question entrée dans la postérité : « France, fille aînée de l’Église, es-
tu fidèle aux promesses de ton baptême ? ». Le Président Giscard d’Estaing avait employé
l’imparfait. Le pape, lui, emploie le présent, et il interroge. Le 1 er juin au soir, cinquante mille
jeunes le rejoignent au Parc des Princes. Le 2 juin, il se rend au siège de l’UNESCO et y
prononce un discours sur la culture et sur la dimension spirituelle de l’homme, dont une phrase
porte l’argument : « La culture est ce par quoi l’homme en tant qu’homme devient davantage
homme. »


Quarante-six ans plus tard, le programme de Léon XIV reprend ces lieux presque un à un. Le
pape arrive à Orly le vendredi 25 septembre, sous la devise retenue pour le voyage, tirée de
l’évangile de Jean : « Pour que le monde ait la vie. » Il est reçu à l’Élysée, s’adresse aux
autorités et au corps diplomatique, puis gagne le siège de l’UNESCO dans l’après-midi. Il
célèbre ensuite les vêpres à Notre-Dame, rendue au culte depuis décembre 2024, avec les
prêtres, les personnes consacrées et les séminaristes. Le soir, il retrouve Saint-Denis, non plus
dans la basilique mais au Stade de France, où quatre-vingt mille jeunes de dix-sept à trente-
cinq ans sont attendus pour une veillée dont les inscriptions sont closes. Le samedi 26 à
quinze heures, il préside une messe place de la Concorde et sur l’avenue des Champs-
Élysées. Le diocèse de Paris a clos les inscriptions le 16 septembre, à près de six cent mille.
La célébration se tiendra à l’endroit exact où la République avait accueilli son prédécesseur.
Le voyage s’achève le lundi 28 septembre à Metz, par une rencontre interreligieuse et une
séquence intitulée « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité », au centre des congrès
Robert-Schuman.

C’est un thème extrêmement contemporain auquel Valéry Giscard d’Estaing a pris sa part. Président de la Convention sur l’avenir de l’Europe de 2002 à 2003, il a voulu que le futur traité s’ouvre sur ce qui précède l’Union, et non sur ses seules institutions. Étienne de Poncins, son conseiller aux affaires institutionnelles pendant la Convention et aujourd’hui vice-président de la Fondation, rapporte qu’il défendit dès l’ouverture des travaux la reconnaissance des racines culturelles gréco-latines et religieuses judéo-chrétiennes de l’Europe.

Le préambule issu de la Convention retiendra une formule de compromis, les « héritages culturels, religieux et humanistes de l’Europe ». Le débat fut vif. Il n’est pas clos.
Pour autant, la comparaison a bien entendu ses limites. La France de 1980 n’est pas celle de
2026, et deux voyages séparés par quarante-six ans ne disent rien, à eux seuls, de l’évolution
du rapport de la France au spirituel. Reste que ces deux voyages ont en commun un message
d’espérance à une jeunesse en manque de repères. En 1980 comme en 2026, un pape vient
s’adresser à des milliers de jeunes qui n’attendent de lui aucune décision politique. Valéry
Giscard d’Estaing, qui avait publié Démocratie Française quatre ans avant l’arrivée de Jean-
Paul II, y voyait d’ailleurs un diagnostic sur une société en quête de sens et de repères. Ce
constat n’a à cet égard pas vieilli.


La Fondation Valéry Giscard d’Estaing consacre l’année 2026, centenaire de la naissance du
Président, à cette question du passage de flambeau. Elle a par exemple lancé le 15 septembre
la deuxième promotion de son Campus Démocratie Française, un cycle annuel destiné à des
auditeurs entre 18 et 35 ans.

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